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les ateliers en images

Jusqu’au 20ème siècle, dans le monde occidental, les artistes réalisent généralement des oeuvres représentant des objets, des paysages, des animaux ou des personnages. Le spectateur pouvait alors assez facilement reconnaître ce qui était représenté sur le tableau, la sculpture…

L’image est ainsi identifiable; elle représente quelque chose que l’on peut reconnaître.

On parle alors d’art figuratif.

Kandisky, la révélation…

Au début du 20ème siècle, de jeunes artistes proposent une nouvelle forme de peinture. L’histoire raconte que le jeune peintre russe Vassily Kandinsky, en rentrant un soir dans son atelier, est ébloui par une toile « d’une beauté indescriptible ». Au départ, il ne reconnaît pas l’œuvre. Puis il se rend compte que c’est l’un de ses tableaux, posé à l’envers ! C’est une révélation pour lui. Il comprend alors que pour lui le sujet du tableau n’est pas l’élément le plus important. Il s’intéresse plutôt aux formes, aux couleurs… Ses tableaux ne représentent plus forcément quelque chose de reconnaissable. On parle alors de peinture abstraite.

Et Soulages dans tout cela ?

Si aujourd’hui, Pierre Soulages est notamment connu pour ses Outrenoirs, il a peint, à ses débuts, des œuvres représentant les paysages de l’Aveyron.

« Très tôt, les formes des arbres me fascinaient, raconte Pierre Soulages. Ils m’impressionnaient surtout quand ils avaient perdu leurs feuilles et que leur silhouette se découpait, sombre sur le ciel lumineux. » Et Pierre Soulages complète avec ces mots : « Peut-être étais-je déjà un peintre abstrait sans le savoir. »1)

Effectivement, en peignant ces arbres, Pierre Soulages s’intéresse surtout à leur forme et à leurs couleurs. Il ne cherche pas à représenter la réalité.

Une peinture qui ne représente pas

Le noir et les formes abstraites prennent de plus en plus de place dans l’œuvre de Pierre Soulages. Il peint des formes noires, des lignes très larges. On ne peut pas y reconnaître un animal, un objet ou un personnage. La peinture de Pierre Soulages ne représente pas quelque chose.

L’outil qu’il utilise pour poser la peinture ou le brou de noix se déplace sur l’espace de la toile ou du papier.

La matière utilisée peut recouvrir entièrement la toile ou laisser des espaces vides où seule la couleur claire de la toile ou du papier est présente.
Lorsqu’il utilise  de la peinture à l’huile, cette dernière peut être épaisse ou raclée avec un couteau faisant ainsi réapparaître la toile. Elle peut être lisse ou rugueuse, brillante ou mate, opaque ou transparente…

La quantité, la largeur et la longueur des lignes et des formes donnent un certain rythme à la toile. On pourrait presque comparer la toile à une partition de musique : les traits inscrits donnent un rythme, comme les notes de musique créent une mélodie. Parfois, il y a beaucoup de traits, courts, saccadés… comme le bruit des premières gouttes de pluie au début d’un orage. D’autres fois, les traits peuvent être larges, réguliers… comme le bruit que font les vagues qui viennent doucement s’échouer sur la plage et repartent vers le large. 

SOULAGES, avril 1951, huile sur toile , 40,5 x 26,5 cm
Sur cette oeuvre de Pierre Soulages,  les traits sont nombreux. Certains sont courts, d’autres font presque toute la largeur de la toile. Ils se coupent, se superposent.

SOULAGES, 28 novembre 1970, huile sur toile, 159 x 202 cm
Cette œuvre de Pierre Soulages est composée de traits larges, réguliers, presque tous de la même longueur… On peut voir, par transparence, les couleurs qui se superposent.

1) Pierre Soulages dans Pierre Soulages . Noir lumière. Entretiens avec Françoise Jaunin, collection Paroles vives, la Bibliothèque des Arts, 2002