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les ateliers en images

Pierre Soulages a toujours aimé dessiner. Mais rien ne le prédestinait à devenir le peintre internationalement connu qu’il est aujourd’hui.

Né en 1919, il grandit à Rodez, petite ville du sud de la France, dans un quartier d’artisans, rue Combarel. Son père construit des voitures à cheval, sa mère est sans profession mais elle va tenir ensuite un magasin de pêche et de chasse dans cette même rue Combarel. Chez eux, il n’y a pas de livre d’art, on ne fréquente pas les musées…

Pinceau et palette de couleurs à la main, Pierre Soulages dans les environs de Rodez en 1935 ou 1936.

« C’est décidé, je serai peintre »

Pierre découvre le fusain et le pinceau avec les cours de dessin du lycée. Mais c’est lors d’une visite de l’abbatiale de Conques avec sa classe qu’il a une révélation, bouleversé par la beauté de l’architecture : c’est décidé, sa vie sera consacrée à l’art ! Il sera peintre.

A 19 ans, il monte à Paris et s’inscrit à des cours de dessin. Son professeur, impressionné par son travail, lui conseille de préparer le concours d’entrée à la prestigieuse Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts. Pierre est admis. Mais il refuse finalement d’y aller. L’ennuyeuse école des Beaux-Arts enseigne alors toutes les règles d’une peinture académique, toutes les techniques pour donner une image « aussi vraie que nature ». Ce n’est pas ce côté-là de la peinture que Pierre Soulages choisit…

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La boîte à outils de Soulages…

Pierre Soulages s’installe à Paris en 1946. La guerre est finie. Il peut enfin se consacrer à la peinture. Mais son atelier n’est pas grand et le matériel de peinture bien coûteux … Tant pis, l’artiste s’adapte et réalise des œuvres de petites dimensions ; il peint sur du papier et même sur de vieux draps ! A ce moment là, pas de peinture à l’huile ; Pierre Soulages lui préfère le brou de noix. Il utilise aussi des peintures à l’encre d’imprimerie diluées dans de l’essence.

La recette du brou de noix

Le brou de noix est l’enveloppe verte et charnue qui enveloppe la coquille de la noix. Il était utilisé à l’origine par les ébénistes pour teinter le bois.
Le brou de noix peut donner plusieurs nuances de marron clair à noir.
La couleur du brou de noix varie en fonction de la quantité d’eau que l’on y ajoute.

Brou de noix, 1948, 67 x 50 cm

Dans son atelier, pas de pinceau fin en poils de martre comme celui des peintres de chevalet ! Rien de conventionnel. Pierre utilise les pinceaux larges de peintre en bâtiment. Il fabrique même ses propres outils.

Au départ, il pose sur le papier ou sur la toile de larges « barres » de peinture. Il utilise des couleurs proches du brun, de l’ocre, du noir. Le critique d’art Michel Ragon les appelle « poutres ».

Ces traces font un peu penser à de la calligraphie chinoise ; pourtant, chez Soulages, elles ne sont pas un symbole, elles ne signifient pas quelque chose.

Elles pourraient ressembler au dessin d’une sculpture.

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Rouge, bleu, jaune, vert…

Les années 50 sont une période de changements pour Pierre : il déménage dans des ateliers plus spacieux ; c’est l’époque des grands formats. Il réalise des œuvres plus grandes que lui ! Il utilise aussi beaucoup la peinture à l’huile. L’artiste remplace souvent le pinceau par le couteau pour pouvoir écraser la matière sur la toile. Les barres sombres sont toujours là, mais elles sont posées à présent sur un fond coloré (rouge, bleu, jaune ou vert).

Un titre non, mais une carte d’identité !

Pour Pierre Soulages, nul besoin de donner de titre à ses oeuvres. Il préfère parler du châssis, de la toile et de son format, de la manière dont elle est tendue, des pigments, des outils utilisés.

Chacune de ses œuvres est donc désignée par la technique employée (brou de noix, lithographie, peinture…), par sa hauteur, par sa largeur et par sa date d’achèvement. Il n’y a effectivement pas de titre. L’œuvre est en présence du spectateur par la qualité de ses matériaux.

 

14 janvier 1957 114 x 162 cm Huile sur toile Donation Pierre et Colette Soulages-musée Soulages-

 

Puis, Pierre Soulages multiplie les coups de brosse. Il procède même par une technique que l’on appelle l’arrachage : il pose une couche de couleur sur la toile et la recouvre d’un noir épais. Puis il racle la peinture noire à l’aide d’une spatule. La couleur de la première couche réapparaît alors avec toutes ses nuances.

Le travail de Soulages est rapidement repéré à l’étranger. Ses toiles sont présentées dès les années 50 dans de nombreuses expositions personnelles et collectives en Europe (Angleterre, Danemark, Suisse, Belgique, Italie, Allemagne…) et aux Etats-Unis.

Sa première exposition personnelle aux Etats-Unis a lieu dès 1954 ! Cette reconnaissance internationale précoce est unique.
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La magie de la lumière

Travail à la brosse…

Au fil des années, la peinture de Pierre Soulages se modifie. Il réalise des peintures horizontales de plus en plus grandes. Il pose la toile sur le mur ou à même le sol. Il utilise des brosses et outils aux manches très longs pour atteindre chaque recoin de la toile.

Des tâches, des coulures et des rubans remplacent les barres et les arrachages de peinture : la peinture noire recouvre presque toute la toile. Il emploie à présent l’acrylique, un mélange de pigments et de résines synthétiques. Cette matière a plusieurs avantages : elle permet des gestes amples, sèche rapidement et est très solide.

Puis, le noir recouvre toute la toile. Mais la toile n’a pourtant rien de sombre : la lumière vient se refléter sur les bosses et les sillons créés par les outils à la surface de la toile. Le noir peut être brillant ou mat ; il y a même des reflets colorés !

Pierre Soulages invente alors le mot Outrenoir (comme on parle d’outre-Atlantique ou d’outre-Manche). Il exprime ainsi l’idée d’un résultat qui va au-delà de la couleur noire. La lumière devient un outil, comme le noir.

La nuit où le noir est devenu lumière…

En 1979, la peinture de Pierre Soulages prend un nouveau tournant :

 « Une nuit de 1979, je peignais et la couleur noire avait envahi la toile. Depuis des heures, je peinais, je déposais une sorte de pâte noire, je la retirais, j’en ajoutais encore et je la retirais. J’étais perdu dans un marécage, j’y pataugeais. Cela s’organisait par moments et aussitôt m’échappait. J’étais épuisé, je suis allé dormir. Et quand deux heures plus tard, je suis allé interroger ce que j’avais fait, j’ai vu un autre fonctionnement de la peinture. Je me suis rendu compte que ce que je faisais était nouveau pour moi, c’était une autre peinture : ce n’était plus le noir qui comptait mais la lumière réfléchie par le noir ».

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